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1/12/202640 min read
RÉPUBLICAIN ET PROTESTANT
EUGÈNE REVEILLAUD (1851-1935)
TEXTE PARU DANS MA REVUE D’HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES (PUF) Juillet-Septembre 1987, pages 237à 255.
RÉSUMÉ
Né ( 1851 ) dans une famille d'instituteurs de Charente-Maritime Eugène Réveillaud montre dès sa jeunesse des convictions républicaines et anticléricales. En 1878, avocat et journaliste à Troyes, il se convertit au protestantisme. !I en devient aussitôt un propagandiste actif: fondation de l'hebdomadaire le Signal, campagnes de conférences, colonisation de l'Algérie... Député puis sénateur de 1902 à 1921 il montrera les mêmes convictions, de manière exemplaire, jusqu'à sa mort, à Versailles (1935 )
Sous la Ille République nombreux étaient les protestants, et aussi les non-protestants, qui connaissaient Eugène Réveillaud, auteur d'un livre sur la vocation protestante de la France qui connut dix éditions, conférencier infatigable, journaliste, fondateur d'œuvres, député, sénateur. A plusieurs titres sa biographie mériterait peut-être qu'on l'écrive. Elle rappellerait ce qu'était le militantisme des protestants républicains à la fin du XIXe et au début du XXe siècle; ce qu'était leur anticléricalisme, identique en tous points ou différent de celui des libres-penseurs. Elle donnerait l'occasion d'observer le contenu de leur évangélisation. D'une telle biographie on trouvera ici seulement une esquisse.
1. La jeunesse et la conversion ( 1851-1878)
Eugène Réveillaud naquit le 30 janvier 1851 à Saint-Coutant, dans l'arrondissement de Rochefort et le département de la Charente-Inférieure, maintenant Charente-Maritime[1]. Il passa son enfance dans l'école de ce village, en même temps maison familiale. Son père était l'instituteur des garçons, sa mère faisait la classe aux filles dans la cuisine. Du côté de son père l'oncle Jean Réveillaud était lui aussi instituteur, à Taillebourg, et de même l'oncle Déatho, du côté de sa mère, à Cressé. Ces instituteurs, et particulièrement l'oncle Jean, étaient déistes et anticléricaux. Politiquement c'étaient des « républicains de 1848, que le coup d'État du 2 décembre avait atterrés ». Dans cette école de Saint-Coutant et, plus tard, dans celle de Saint-Mard, près de Surgères, où ses parents devaient terminer leur carrière et leur vie, le jeune Eugène lut beaucoup: Victor Hugo, George Sand, Victor Considérant, Alexandre Dumas, Paul Féval...
La mère d'Eugène Réveillaud différait de son mari. Née à Cressé en 1824, comme lui en 1820, filleule de la châtelaine, elle avait été mise en pension à Saint-Jean-d'Angély dans le couvent des Dames de Chavagnes ; elle était demeurée catholique pratiquante, chantant à la tribune de l'église, d'une voix que son fils admirait. Sans doute est-ce sous son influence qu'Eugène, âgé de dix ans, déjà initié au latin par le curé, entra à l'Institution diocésaine de Pons. Il y fut placé dans la section ecclésiastique: ceux qui n'étaient pas destinés à la prêtrise formaient une autre section. Les professeurs étaient des prêtres ou des laïcs, tous vêtus de noir, soutanes ou redingotes. Parmi eux « un petit homme » dont on ne savait pas s'il était l'un ou l'autre et qui enseignait la rhétorique et la philosophie: Emile Combes, qu'Eugène Réveillaud devait retrouver plus tard au Parlement. Le jeune élève ne s'adapta pas aux usages et à la discipline de cette maison, ni au genre de piété qui y régnait, une «jésuitière achevée», dit-il. Si bien qu'à la suite d'une sanction banale -on se méfiait de ses « tendances raisonneuses » -il s'en échappa.
C'était en 1864, il avait treize ans. A pied. de nuit et au petit matin, il couvrit environ trente kilomètres pour se réfugier chez l'oncle de Taillebourg qui l'accueillit en disant: « J'avais bien dit à ton père qu'un Réveillaud ne pouvait pas faire un curé ». Il se souviendra de cette aventure quand. dans une œuvre qu'il fondera, il aidera prêtres et séminaristes « évadés », comme ils aimeront dire, du romanisme, du jésuitisme, du cléricalisme. II se sentira l'un d'entre eux.
Rentré à Saint-Mard il prend des leçons de latin et d’anglais auprès d'un professeur à la retraite, Adolphe Bonnet, qui habite Surgères. C'est lui qui, en octobre 1864, l'accompagne à Paris, le présente au lycée Charlemagne et à l'Institution Massin, qui se trouve rue des Minimes. Il entre en 4°, il est boursier; il restera là jusqu'au terme de ses études secondaires, en 1870. Les prix qu'il obtient au Concours général attestent la qualité de son travail[2]. Il noue amitié avec des condisciples dont les noms seront connus à divers titres, et tout particulièrement avec Léon Bourgeois[3]. Il fait des rencontres protestantes, reçu chez la veuve du général Cavaignac, née Odier, de Genève, reçu aussi chez le pasteur Edmond de Pressensé[4]. En classe de philosophie son professeur d'histoire est Edouard Sayous, qui devait être quelque temps pasteur de l'Église réformée.
Sitôt bachelier, de retour à Saint-Mard, il se voit proposer le poste de rédacteur en chef du Contribuable, le journal que le parti républicain a fondé à Rochefort. Chaque semaine il écrit aussi l'article de fond du journal de Saint-Jean-d'Angély, La Concorde. Il prend la parole dans les réunions qu'organisent les répub1icains[5]. Le Contribuable fusionne bientôt avec Le Publicateur et prend un nouveau titre: L'Intérêt Public. De ce journal on propose à Réveillaud d'être le correspondant parisien. Il accepte, et le voici de nouveau dans la capitale, logeant dans le Quartier latin, rue Rollin. Il entreprend alors une licence en Droit. Mais il déménage bientôt, engagé par Jules Ferry pour diriger Le Mémorial des Vosges. C'est en 1872; il reste peu de temps à Épinal. Jules Méline l'a présenté aux républicains de Troyes.
Il va rester là plus longtemps, sauf un bref intermède à la tête de L' lndépendant Rémois (1876-1877). A Troyes il dirige L'avenir républicain. On l'a averti: « La ligne du journal doit être anticléricale en même temps que républicaine. » Les deux consignes lui conviennent. Depuis son « évasion » du séminaire de Pons il se tient éloigné de toute forme de pratique religieuse.
En 1873 il se fait initier à la Franc-Maçonnerie [6]. Le 17 juillet de cette même année il épouse, à la mairie du 1 er arrondissement de Paris, Berthe Jaudin. Sa licence en Droit terminée, il s'inscrit au barreau de Troyes.
En décembre 1876, dans le journal Le XIXe siècle, Francisque Sarcey avait conseillé « aux rationalistes, aux indifférents, aux sceptiques, aux chrétiens, de se ranger sous la bannière officielle du protestantisme », cela par civisme. Réveillaud pensait que « pour combattre efficacement cette forme de domination (qu'était le catholicisme) il n'était d'autre puissance qu'une puissance du même ordre, de l'ordre religieux, et que la libre pensée purement négative et matérialiste n'y parviendrait pas ». En accord avec son épouse il se rattache formellement au protestantisme. Il entre dans le combat que mène, entre autres. Charles Renouvier et publie en 1878 son petit livre : La Question religieuse et la solution protestante. Il déclare prendre place dans la « légion heureusement nombreuse des fanatiques de la liberté de conscience, du progrès de l'esprit humain, de l'honneur et de la gloire de la patrie »[7].
Mais il n'en reste pas longtemps à ce simple rattachement formel. Dans une circonstance étonnante pour ce républicain militant il se « convertit ». C'est dans la nuit du 13 au 14 juillet 1878. Il doit assister le lendemain, dans une commune des environs de Troyes, à l'inauguration d'un buste de la République et y prendre la parole. Entre I heure et 2 heures du matin il a ce qu'il a appelé une « vision de nuit », II suit un enterrement, Ses voisins, connaissant son rattachement au protestantisme, l'interrogent sur sa foi. II récite alors le Symbole des Apôtres. Quand il en vient au jugement des vivants et des morts il sent la terre trembler et se fendre sous lui, il voit les étoiles tomber du ciel, et se dit: « Je n'ai pas peur, je crois. » Et quand il poursuit: « Je crois au Saint-Esprit », il sent une « boule de feu » qui lui entre dans le cœur. Réveillé il se livre à une contre-épreuve; quand le nom du Saint-Esprit revient sur ses lèvres, il éprouve de nouveau la sensation de la « boule de feu » dans son cœur.
Le matin on le transporte à la fête républicaine comme prévu. Il demande à être ramené à temps pour le culte de l'Eglise réformée, A l'Amen du sermon il s'approche de la chaire; avec la permission du pasteur Elie Berthe il raconte l'événement qui vient de le bouleverser [8]. Puis il repart à la fête républicaine. Le surlendemain Léon Bourgeois, qui est alors secrétaire général de la préfecture de Châlons-sur-Marne, averti par son ami est là, Ils discutent toute la journée, mais Léon Bourgeois ne se laisse pas convaincre, et c'est un rude duel. Quelle que soit l'opinion qu'il entretienne sur pareille « vision » l'historien constate qu'Eugène Réveillaud s'y référa dès lors et toute sa vie durant pour justifier son appartenance et ses activités protestantes.
2. Le propagandiste protestant (1878-1902)
Tout de suite Réveillaud devient conférencier, prédicateur laïc, et le restera jusqu'à la fin du siècle et au-delà[9], On l'entendra dans toute la France, au service des diverses sociétés d'évangélisation. Dès 1878, il lie connaissance avec Mme André-Walther [10]. Le récit de sa conversion l'avait frappée. Elle l ' invita, ainsi que sa famille, à venir s'installer auprès de sa propriété des Ombrages, à Versailles, dans « la Maison Rose » [11]. Eugène Réveillaud garda dès lors domicile à Versailles.
Durant l'hiver 1878-1879 il parcourt de nombreux départements, il rassemble des centaines et des centaines d'auditeurs dans l'Aisne, en Savoie, en Saintonge, en Auvergne, en Normandie, dans le Vaucluse. II gardera ce rythme dans les années suivantes. Le succès de ses conférences amène la création, en 1879, du Comité parisien de la Mission Intérieure. Convaincu de l'efficacité de ce moyen d'action il prend la parole en tout lieu chaque fois que l'occasion lui en est donnée.
Après sa conversion, quittant Troyes, il a abandonné la rédaction de l'A venir Républicain de cette ville. Mais il aime autant écrire que parler. Il croit dans l'influence du journal autant que dans celle de la conférence. Dès 1879 il fonde un hebdomadaire, le Signal. Le premier numéro paraît le dimanche 6 avril. Il le dirigera jusqu'en 1894; il deviendra alors quotidien et passera sous la direction de Puaux puis de Chastand. Un tract édité en 1882 redit quelles sont les orientations du Signal :
« En politique, il est loyalement, nettement républicain et non moins nettement modéré et parlementaire; également éloigné des partis monarchiques qui voudraient, au risque de nouvelles révolutions, remettre en question des faits acquis et des résultats voulus par l'immense majorité du pays -et des partis démagogiques qui voudraient, précipitant la ruine de la France, nous entraîner à l'anarchie, aux folies et aux horreurs d'une nouvelle Commune.
« Avant tout, le Signal veut être un journal PATRIOTIQUE ; c'est-à-dire que, libre de toute passion de parti, n'étant inféodé à aucun homme ni à aucune coterie, il étudie toutes les questions et juge les événements et les hommes, au point de vue des INTERETS DE LA PATRIE, à la lueur de la morale éternelle et de la philosophie de l'histoire.
« C'est en conformité avec ces principes, et par suite de son dévouement à la cause du relèvement matériel, intellectuel et moral de la patrie française, que le Signal a, dès le début, résolument pris position dans cette question religieuse qui se retrouve aujourd'hui à la racine de toutes les questions, à l'origine de tous les débats agités par notre génération... II défend les droits de la conscience et la liberté de l'âme humaine à la fois contre les anathèmes du Vatican et contre les outrages d'une servile et fausse « libre-pensée ». Contre le néo-paganisme des dévots de Lourdes et de Paray-Ie-Monial, contre les négations brutales de l'athéisme aveugle, il arbore le drapeau de la REFORME RELIGIEUSE. »
Et de dire son projet de remplacer « la religion du pape et du Syllabus par la religion du Christ et de l'Evangile » telle que le protestantisme la proclame. On reconnaît là les deux thèmes majeurs de l'action de Réveillaud : patriotisme républicain et réforme protestante. Dans ce même tract le pasteur méthodiste Matthieu Lelièvre apporte son soutien, qui a été de la première heure. Le Signal hebdomadaire compte alors 2000 abonnés.
Et Réveillaud continue de parcourir la France. En 1879 on l'entend en Savoie et dans le Sud-Est : A Saint-Étienne, Lyon, Avignon, Apt, Cavaillon, Pertuis, Cadenet, Marseille. En 1880, dans la Côte D’Or et en Saône-et-Loire : à Dijon. Beaune, Le Creusot, Cluny, Tournus, Mâcon, dans le Sud-Ouest aussi. En 1881, en Champagne: à Epernay, Troissy, où se fonde fin XIXe siècle une petite église réformée, Châlons-sur-Marne, Vitry-le-François... En 1882, dans l'Oise, en Auvergne. En 1883, dans la Nièvre, au Creusot de nouveau... Et plus tard, en 1886, dans la Somme, dans le Gard et la Lozère, dans le Tarn, à Décazeville et aux environs... En 1889 on le trouve dans la Drôme, en Bretagne. En 1890 dans sa Saintonge natale. Ces régions, ces départements ou ces villes n'étant cités que parmi bien d'autres pour montrer que Réveillaud se tenait dans les terroirs protestants et hors d'eux, partout où il pouvait rassembler un auditoire, quelle que fût sa dimension. Quand, en 1889, la Mission Intérieure, pour le compte de laquelle il travaillait, fusionne avec la Société Centrale, c'est celle-ci qui le prend en charge.
Quels sont les thèmes qu'il développe dans ses conférences? Ces thèmes, les titres les annoncent. En 1879 à Aix-les-Bains : « Le Cléricalisme, ses dangers et ses remèdes » ; à Fourneaux, village proche de Modane :« L'esprit moderne et l'Evangile ». Le lundi 17 novembre, en 1879 encore, à Marseille: « L'Evangile et la démocratie ». En 1880, Vitry-le-François : « Le relèvement moral de la France » ; à Châlons-sur-Marne : « Le Christ et la fraternité humaine »... Il arrive que titres e{ thèmes soient plus directement « théologiques ». Ainsi au Creusot le 15 novembre 1883 : « La justification par la foi »[12] .
Villages ou villes les salles qu'on met à sa disposition sont pleines. Auditoires populaires, mais en partie bourgeois aussi, où l'on apprécie le nombre des catholiques: les 4/5 à Saint-Étienne. On voit aussi des libres-penseurs. Des personnalités locales occupent parfois le premier rang. Ainsi en est-il à Epernay au printemps 1881, pour le sous-préfet, le maire et diverses autorités. A la sortie on vend des Bibles et des Nouveaux Testaments: début 1880, à Dijon 250 Nouveaux Testaments, à Mâcon 150...
Comment réagissaient les auditeurs de ces conférences ? Nous le savons par les comptes rendus que publiaient les journaux. En avril 1888 Réveillaud donne deux conférences à Bordeaux. La Gironde, journal républicain modéré, parle du « public très nombreux dont il a immédiatement conquis la sympathie », constate: « L'incompatibilité absolue qui existe entre l'état de la société moderne et les doctrines ultramontaines n'était certainement pas difficile à établir, puisque le Syllabus la proclame lui-même ; mais il eût été presque impossible de faire cette démonstration en de meilleurs termes que ne l'a fait M. Réveillaud ». Le titre était: « Le Cléricalisme et la Démocratie ». Le lendemain il traite de « L'esprit moderne et l'Evangile », sujet plus délicat dit le même journal, regrettant la sévérité de l'orateur à l'égard «des doctrines qui nous sont chères, celles de la libre -pensée ». -La Victoire, organe du radicalisme et de la libre -pensée, est irritée: « Nous n'en sommes plus à délibérer si nous quitterons un cléricalisme pour un autre. Nous proposer de répudier le catéchisme pour nous enfermer dans la Bible, quelle bonne plaisanterie! Le révérend Réveillaud est venu trop tard dans un monde trop vieux, comme le dit le poète. » -Le Journal de Bordeaux, bonapartiste, est embarrassé. La Guyenne, cléricale et légitimiste, est furieuse.
Réveillaud sait que le succès de ces conférences, où se déclarent de nombreux sympathisants en faveur du protestantisme, risque de n'être que feux de paille. Aussi reprend-il une idée de Léon Pilatte, exprimée dans l'Eglise libre : « ...envoyer dans les localités où l'on voudrait faire pénétrer l'Evangile des ménages d'artisans protestants, vraiment chrétiens, qui, tout en travaillant de leurs mains pour gagner leur vie comme Aquilas et Priscille, prêcheraient comme eux l'Evangile dans leurs heures de travail et de loisir, par leurs conversations, par leur exemple et par leur vie toute entière –avec l'espoir qu'autour d'eux se formeraient de petits noyaux de convertis... » [13]
On objectera peut-être que celà semblait être plus une propagande que de l'évangélisation... Ni Réveillaud ni ses amis n'auraient été gênés par ce terme. En 1879 le pasteur Alfred Gary proposait que le Comité parisien de Mission Intérieure, dont Réveillaud était membre depuis le 31 mars de cette année-là, prît pour titre « Société Française de propagande protestante ». Pourquoi pas, interrogeait-il ?
Le contenu des conférences de Réveillaud, nous le connaissons parfois assez exactement par les longs comptes rendus qu'en donnaient les journaux. Ainsi lisait-on dans l'Union Républicaine de l'Eure après la conférence qu'il avait donnée à Evreux au printemps 1879 sur « Les conditions du relèvement moral de la France » :
« ...après des désastres inouïs la France a pansé ses plaies ; elle renaît et une ère nouvelle commence pour elle avec l'avènement de la République acclamée avec enthousiasme par la grande majorité des Français.
« Mais sur cette voie de progrès où la liberté nous pousse, il y a l'écueil, il y a le danger permanent: le cléricalisme. C'est, en effet, l'ennemi commun qui déclare journellement une guerre ouverte à nos institutions modernes, à nos libertés publiques, qui enlace le pays dans le réseau de ses associations. » Et Réveillaud d'attaquer tout particulièrement l'enseignement catholique: « C'est là que l'on forme une jeunesse qui grossira les rangs de la réaction, qui deviendra hostile à toute idée de liberté... Le cléricalisme à toutes les époques s'est signalé par ses empiètements sur le pouvoir civil. ..
« Cette intervention de l'État (pour se défendre), bien qu'urgente, n'en est pas moins regrettable. Ne serait-il pas préférable que les citoyens se protégeassent eux-mêmes ? Pourquoi tel libéral, tel voltairien fait-il instruire son fils dans l'établissement des jésuites ?.. L'individualisme manque au citoyen: bien que libéral et pas pratiquant, il ne sait pas être autonome.
« Gardons-nous bien de tomber dans les extrêmes. Si, pour combattre le cléricalisme, nous entraînons le plus grand nombre sur la route du matérialisme, nous serons défaits et nos institutions elles-mêmes seront ébranlées... opposons à nos adversaires une foi religieuse, profonde et sincère. Soyez partout, dit M. Réveillaud, plus religieux, plus moraux et plus chrétiens qu'eux...
« M. Réveillaud est protestant. Il a tout naturellement parlé pro domo sua... avec cette chaleur d'expression, avec cette conviction sincère que donne une foi robuste... Il associe, dans ses sentiments sincèrement démocratiques, la foi républicaine à la foi évangélique. » ...[14]
Le 18 septembre 1880 Eugène Réveillaud embarque, au Havre, sur le France. Il va passer trois mois aux Etats-Unis et au Canada. Il en reviendra le 22 décembre de cette même année 1880, sur le Labrador. Il est envoyé là-bas par plusieurs sociétés françaises d'évangélisation pour répondre aux demandes d'information adressées par des Américains: la Société Centrale,
la Société Evangélique et la Mission Intérieure. Le Comité parisien de cette Mission a désigné, pour l'accompagner, un évangéliste écossais, I~ Révérend Dodds. Réveillaud le connaît: il travaille pour la Mac AIl, il l'a rencontré et entendu plusieurs fois. Ils deviendront de grands amis. :.
George- Théophile Dodds, mourra prématurément, à Paris, en 1882. Réveillaud admirait la foi biblique de son compagnon :
« Comme cela faisait du bien à l'âme de voir, au déclin de notre XIX~ siècle, après toutes les ruines que la critique a faites dans la théologie et dans la foi, ce jeune pasteur (qui, certes, n'était ignorant d'aucune des attaques que cette critique a dirigées contre le Saint-Livre) aussi entier, aussi peu entamé dans ses convictions de l'origine divine de la Bible, que s'il avait toujours vécu dans la pleine atmosphère des académies huguenotes du XVI~ siècle. » 15
Du fait du gros temps rencontré en route Réveillaud arrive à New York seulement le jeudi 30 septembre. Le missionnaire Adolphe Mabille avait fait le voyage avec eux, délégué à Philadelphie lui aussi. Tous trois se rendent immédiatement à l'assemblée universelle presbytérienne, qui se tient dans cette ville.
Réveillaud a raconté son voyage, tous leurs déplacements à travers les Etats-Unis, prenant partout la parole ou pour prêcher ou pour donner des nouvelles religieuses de la France, et collectant en faveur des sociétés qui les avaient envoyés. Impossible d'énumérer tous les lieux où on les enten-
15. Réveillaud publiera. en 1885, la biographie française de Dodds: Un missionllaire ecossais elI Frallce.
IGeorge- Th. Dodds. sa vie el son reuvre. Paris, Grassart. Citation p. 106. Celle admiration du Réveillaud pour la foi de Dodds ne J'empêchait pas de lui adresser cordialement des critiques sur certaines je ses Interprétations bibliques quand il n'était pas" ~ous la grâce, mais sous la loi ". Cf. p. 127-128.
P. PETIT. REPUBLICAIN ET PROTESTANT; EUGÈNE REVE!LLAUD 245
dit: Boston, Norwich, Cleveland, Pittsburg, Columbus. I1s étaient le 10 novembre à Saint-louis, puis à Chicago, New York de nouveau, princeton, Washington, Baltimore... Après avoir fait étapes à Chicago et à Détroit les deux compagnons se séparèrent pour une semaine, Réveillaud se rendant seul dans la province de Québec. le 29 novembre 1880 il donne une conférence à Montréal: Le présent et l'avenir de la République française au point de vue politique et religieux 16.
Pendant le séjour de Réveillaud outre-Atlantique c'est le pasteur Matthieu Lelièvre qui avait assuré la rédaction du Signal. Il vaut la peine qu'on revienne à ce journal. En effet, mieux qu'en citant les titres de ses conférences, nous pouvons suivre les détails de la pensée de Réveillaud en lisant les articles qu'il écrivait chaque semaine 17.
Il est sévère à l'égard de Renan, « l'aristocratique auteur de la Vie de Jésus, ce philosophe affadissant qui tient école de scepticisme superficiel et de religiosité incrédule... » (10.04.1879). Il aime répéter: « Usons de la liberté qui nous est donnée et que nous n'avons jamais eue plus grande. Montrons à nos concitoyens de tout ordre et de toute opinion: au-dessus des partis et des gouvernements: la Patrie; au-dessus des factions et des coteries, la famille française gardienne du foyer domestique; au-dessus du cléricalisme et des misères ecclésiastiques: Dieu, son Christ et son évangile. »
(10.05.79) -Il a pitié des « bons bourgeois et des braves citadins qui se proclament bien haut libres-penseurs», mais qui, quand leur femme est là, font étalage de draperies et de guirlandes pour les processions. (24.05.79) –Il dénonce l'influence de Zola: « la République aurait beaucoup à perdre si la nouvelle génération, suivant les traces de M. Zola, s'enfonçait dans la
boue du naturalisme ou dans le désert aride du positivisme... Ah! si la France était vraiment protestante, c'est-à-dire vraiment chrétienne de coeur et de nom, nous serions bien tranquilles sur l'avenir de la République. » (14.06.79)
-Peu après le 14 juillet il dénonce les Bastilles qui subsistent: « La misère et toutes les causes qui l'enfantent et qui l'entretiennent. l'ignorance et toutes les superstitions, et tous les préjugés, et tous les aveuglements qui vont à la suite. Et, pourquoi ne le dirions-nous pas aussi, nos passions, nos péchés...
Ces Bastilles-là, tâchons, nous aussi, de les prendre...» (19.07.79)
A la suite du discours de Jules Ferry, ministre de l'Instruction Publique, à l'inauguration de la Faculté de Théologie protestante de Paris, répondant aux craintes du journal Le Globe: « Sans doute -et c'est la thèse que nous soutenons assidûment dans ce journal -il est grandement dési-
rable que l'accord se fasse, de plus en plus grand, et le rapprochement, de plus en plus intime, entre la France républicaine et le protestantisme... Mais
16. Le texte de cette conference sera publie en France- Très intéressé par le Canada, Réveillaud publiera deux ouvrages sur lui; une Histoire du Canada et des Canadiens français. de la découverte jusqu'à nos jours. Paris, Grasset, 1884, et l' Histoire chronologique de la Nouvelle-France au Canada, ouvrage du Père Sixte le Tac. Recollet, imprime pour la première fois, d'après un manuscrit de 1689, avec une introduction, un appendice et des notes, Paris, 1888.
17. II y aurait ici matière à toute une étude, nous faisons vite. Il est clair que la plupart du temps Réveillaud n'est pas original: il exprime des opinions communes parmi ses coreligionnaires.
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il ne s'agit pas de renouveler la vieille confusion du temporel et du spirituel ». Comme Le Globe Réveillaud repousse le spectre d'un Etat protestant. (15.11.79) -Et ainsi de suite. En 1882 il se félicite des déclarations contre le positivisme que Pasteur vient de faire à l'Académie française (6.0~) ; il exprime une opinion réservée à propos de la loi sur le divorce (13.05) ; il écrit en faveur de la natalité (20.05) ; il lance un appel en faveur des Juifs persécutés en Russie (27.05) ; il se déclare pour le maintien du serment dans les prétoires (24.06) ; il dénonce la pornographie ( 1.07) ; il est méfiant à l'égard du désarmement (8.07) ; il redit ce qui sauvera la France (26.08) ; il écrit sur « les devoirs missionnaires des protestants français » ( 16.09). En 1883, après la mort de Gambetta: « A défaut de la religion du vrai Dieu, il eut tout au moins, ce qui est une auréole au front du paganisme, le culte sincère de la patrie. » (6.01) A propos du travail de la Mission Intérieure : « Quand une Église cesse d'être missionnaire conquérante, propagandiste, elle est bien près de disparaître et de voir son chandelier s'éteindre » (27.01). Sur les prochaines élections aux conseils presbytéraux : « C'est vis-à-vis non des fidèles, mais des pasteurs soi-disant libéraux, que nous sentons le besoin, la nécessité de prendre des précautions. Ils font le vide dans leurs temples et le feraient bientôt, s'ils en étaient les maîtres, dans l'Eglise réformée tout entière.
Où sont leurs ceuvres d'évangélisation ? Où sont leur apôtres, leurs évangélistes, leurs missionnaires ? Presque toutes les paroisses vacantes dans les Consistoires du Sud et de l'Ouest de la Francè, le sont par leur fait. En revanche, toutes nos grandes sociétés protestantes, la Société Centrale d'Evangélisation, la Société Evangélique, la Mission intérieure, la Mission étrangère, la Mission Mac-A_II, etc., etc., toutes ces Sociétés qui travaillent et triomphent parfois au milieu des classes ouvrières et agricoles, sont des sociétés fondées et soutenues par les protestants dits orthodoxes. Comme disait le Seigneur: c'est à ses fruits qu'on connaît l'arbre. Un mauvais arbre ne peut pas donner de bons fruits. » (3.02)
Il revient sur ce sujet. (10.02) Il exprime une opinion sévère à l'égard de l'Armée du Salut. (10.03 et 31.03) Autres thèmes: contre les « mauvais livres ); (28.04) ; il faut se préparer à la séparation des Eglises et de l'Etat. (30.06) A la mort du comte de Chambord il déclare que sa lucidité l'honore, elle a empêché la France de retomber dans un cycle révolu; il loue « la manière dont il a su porter le deuil de l'antique monarchie ». ( 1.09 et 29.09) En 1884 il exprime le souci des paroisses sans pasteurs: alors 66 pour la seule Eglise réformée. (19.01) A plusieurs reprises il revient sur « l'affranchissement de la femme par l'Evangile». (16.02)
Mais d'autres oeuvres l'appellent. En cette année 1884 il écrit six fois, de juillet à décembre, sur « une oeuvre à fonder » ; il s'agit de ce qui va être « l'oeuvre des prêtres ». Elle lui tiendra particulièrement à coeur toute sa vie durant.
De cette oeuvre Réveillaud sera ou le principal animateur ou le fidèle soutien. De quoi s' agissait-il ? D'accueillir dans le protestantisme les prêtres séculiers et réguliers qui quittaient le catholicisme « pour motif de conscience », comme on disait alors. Entreprise dans un esprit « orthodoxe » l'OEuvre s'appela bientôt « reuvre des prêtres convertis ». On peut dire qu'elle fut active jusqu'à la guerre de 14-18, Mais elle subit bien des évolutions et transformations. En particulier elle rencontra à la fin du siècle un important courant libéral. Auguste Sabatier reçut bon nombre d'anciens prêtres à la Faculté de Théologie de Paris, peu avant que n'éclate la crise moderniste 18.
Eugène Réveillaud indique, dans sa préface à la 10e édition de La Question Religieuse, en 1923, que l'reuvre « fondée en 1884, eut à patronner, de cette date à 1907, près de 300 prêtres ou religieux volontairement évadés du romanisme et à faciliter des études de théologie protestante à plus de 88 d'entre eux ». (p. X) Chiffres exacts selon les contrôles que nous avons eu l'occasion d'effectuer. Dans sa préface à la biographie de Justine Dalencourt, c'est-à-dire en 1929, Réveillaud ajoutait: « J'ai été personnellement ou par correspondance mis en rapport avec plus d'un millier de ces A.P .C. (anciens prêtres catholiques) dont le plus grand nombre est entré dans la vie civile et laïque, mais dont une centaine au moins... sont devenus, en passant par les facultés de théologie protestante, pasteurs ou évangélistes » 19. j
Une autre œuvre devait bientôt provoquer l'intérêt et requérir une bonne I partie de l'activité d'Eugène Réveillaud. Avec son fidèle ami Dodds il avait I vi.sité en septembre 18811es vallées vaudoises d'Italie et de France; il s'était , arrêté à Dormillouse, à Gap. Par ailleurs, au printemps de 188~, il avait fait une tournée de six semaines en Algérie, donnant des conférences à Oran, à Tlemcen, à Bône; à Trois-Marabouts il avait rencontré les colons vaudois venus de Dormillouse. A peine rentré il était parti pour l'Ecosse. –Quels étaient ces colons de Trois-Marabouts ? En 1856 avait été créé un Comité dit Comité de Lyon « pour l'évangélisation et l'instruction des Vallées de Félix Neff et des départements du sud-est de la France », En 1879 ce Comité, alerté par la situation catastrophique dans laquelle se trouvaient les protestants de la vallée, avait obtenu l'installation -elle s'était faite en 1881 -de treize familles de Dormillouse à Trois-Marabouts, centre de colonisation
situé à 75 km au sud-ouest d'Oran, près d' Aïn- Temouchen 20.
Fin 1883 Réveillaud est à Alger, pour le compte de la Mac-All. C'est souvent dans le cadre de la Mac-AII qu'il fait ses tournées de conférences, ou donne des prédicationJ. Il connaissait Mac-AII personnellement 21. Au
I g. C'esl une hi,loire que nous avons rappOrlee ailleurs. nous ne nous y attardons donç pas. Voir P, Petil.
Les prêlres calh(}liquef passés au prOleSlanllSIne en France de 1870 à 1914, I, A-G, Mompellier, 1972 :
Il. H- Y, ~lompellier, 1978. El: Un cure de l'ampagne disciple d'Augusle Sabalier, l'abbé .4lfred PhilippUI1855.1899, ~Iompellier, 1971.
19. Jusline Dlllenl'Ol/rl, par ~lme R.-C. \1organ, Paris, Fisçhbacher, 1929; p, 13.
211. Cf. Pierre Bolle,... Les migralions de, proteslams de Freissimeres en Aigerie ». in Actes du VII' Colloquo: d'Hi,[oire Alpine, Grenoble, 1982: p. 61- 72, Voir autres references .:itees là.
21. Quo:lque temp' ilpres lil morl de .:elui..:i le jour de l' Aso;ension Il mai 1893, .:'esl Reveillaud qui publiera la seule \ ie de \lac-All que nous po,sedions : La vie er 1'l1!ul're de Roberr. IV. ;Wac-AII, fondaleur de III ,\fission P(}pulllire E,'llnl!eiique de Franl.e, Paris, Fischba\'her, 1898, La plus grande partie de cet OU\ rago: 'e I.l)mpO'e de, " rragmems et ,ouvenirs rassembles par \1me \1a.:-All ».
printemps 1886 Réveillaud est encore en Afrique du Nord. Le voyage qu'il fit alors, il l'a raconté dans des lettres publiées par le Signal puis réunies en un volume: Une excursion au Sahara algérien ellunisien (Paris, Fischhacher, 1887). On y lisait des propos tels que ceux-ci : « ...cette nouvelle France africaine où doit se porter toujours plus l'effort colonial de nos concitoyens et qui, avec la « Nouvelle France » d'Amérique dont j'ai eu le plaisir de vulgariser l'Histoire, a droit à toute l'affection de cette « douce France » d'Europe... » (p. Ill) -Il évoquait les temps du christianisme dans cc pays: « Puisse une civilisation vraiment chrétienne s'y implanter enfin et relever toutes les ruines faites par la barbarie musulmane! » (p. 25) -« En occupant le pays, nous n'avons fait que reprendre le bien de nos pères », lui auraient déclaré certains musulmans. (p. 27) Durant I 'hiver 1887 -1888 Réveillaud écrit dans le Signal une série d' articles- le premier date de début novembre 87 -consacrés à l'émigration indispensable des familles de Fressinières, qui se trouvent dans une véritable misère: « Ce qu'il faut, ce que l'humanité commande -et ce que réclame aussi l'intérêt du protestantisme, qui ne peut que gagner à cette diffusion d'un élément sain, énergique et pieux -, c'est qu'on facilite l'exode à ceux qui sont disposés à partir. ..» Et encore, dans ce même article: « Il est assez évident que la diffusion de nos principes religieux ne peut que gagner à constituer, partout où la race française est appelée à s'étendre, des groupes, des villages protestants qui seront appelés à être, pour toute la contrée environnante, des foyers de lumière évangélique. »
Non content de lancer l'idée d'une « Société protestante de colonisation » Réveillaud s'active et prend des contacts. Cette société va assurer le relai du Comité de Lyon, dont le but était tout autre. Le 15 mars 1888 une première réunion se tient dans la salle de la Mac-AII de la rue Royale, à Paris; une soixantaine de personnes sont présentes. De la Société, dont le Dr Gustave Monod est nommé président, Eugène Réveillaud est le secrétaire général et la cheville ouvrière, Plusieurs séances se tiennent en 88, 89, 90, chez le Dr Monod, qui meurt en cette dernière année, âgé de 87 ans.
Il est remplacé par M. Ch. Thierry-Mieg. Par les rapports des Assemblées générales de cette Société Protestante de Colonisation -tel est son titre - nous connaissons la composition du bureau, les noms des quelque vingt membres du Conseil d'Administration et ceux de plus de vingt membres correspondants. La Société s'est placée sous le patronage de Coligny. A cette Société Réveillaud envisageait de donner beaucoup plus d'extension qu'elle n'en eut: « ...faciliter et protéger l'émigration de ceux de nos coreligionnaires et de leurs familles à qui le sol français n'offre plus de perspectives de rémunération suffisante..., tandis que dans les pays qui sont ouverts à l'essaimage de nos colons, ils pourraient trouver et procurer à leurs descendants une position matérielle aisée o~ même prospère. C'est là le cas, non seulement pour les montagnards de Fressinières ou du Val Queyras dans les Hautes-Alpes, mais aussi pour ceux des hautes vallées du Dauphiné ou du Vivarais (haute Drôme ou haute Ardèche, Haute-Loire) ; c'est le cas pour ceux du Tarn et de la Lozère... Il semble qu'il y ait là une direction de la Providence et comme la promesse des conquêtes que l'Evangile doit remporter dans l'avenir... » ~~
Les statuts de la Société Coligny sont approuvés le 12 juillet 1890 par le Ministre de l' Intérieur. Mais dès la fin de 1889 le Comité avait confié à Réveillaud le soin, d'une part d'aller dans les Hautes-Alpes s'assurer du nombre des familles disposées à émigrer, et d'autre part de s'entendre, à Alger , avec le Gouvernement général au sujet des terres à mettre à la disposition
des nouveaux colons. Pour ce deuxième départ -le troisième aura lieu immédiatement après la guerre de 14-18 ~3 -vingt-deux familles du Val Fressinières s'établiront en Algérie: Il familles de Dormillouse, 6 familles des Violains, I homme du hameau des Mensals, 2 hommes des Ribes, 2 hommes du hameau du Plan. -Le 8 décembre 1889 Réveillaud est reçu par le Gouverneur général de l'Algérie, qui donne son accord pour les lots à attribuer aux émigrés. De là Réveillaud se rend à Oran, où il confère avec le préfet et les responsables de son administration. Puis il va à Guiard, le lieu choisi pour la nouvelle implantation. Guiard était le nom d'un officier compagnon du colonel Flatters. Le nom arabe était Aïn- Tolba, « la fontaine des savants », nom que Réveillaud préférait à celui que l'administra;. tion française avait choisi. L'emplacement, dans le département d'Oran, était situé à l'ouest d' Aïn- Temouchen, à une quinzaine de kilomètres du premier établissement, les Trois-Marabouts. Réveillaud prépare l'arrivée des nouveaux venus, il se met d'accord avec un entrepreneur pour la construction de 20 maisons.
Dans L'Etablissement d'une colonie de Vaudois français en Algérie (Paris, Fischbacher, 1893), et d'abord dans sa correspondance, Réveillaud a raconté le voyage que les colons firent sous sa direction, fin octobre 1890, depuis La Roche-de-Rame jusqu'à Aïn- Temouchen et au-delà, par Marseille et Oran ~~. A Trois-Marabouts 150 personnes participent au banquet d'ac-
cueil. Réveillaud prend la parole. Selon le Courrier du Dimanche d'Alger il,( a rappelé aux Vaudois présents les origines de leurs églises, la fidélité de leurs pères et la fidélité de Dieu qui a protégé au milieu de tant de persécutions cette petite tribu de l'Israël des Alpes. II leur a montré Dieu les conduisant, comme autrefois les enfants d'Abraham, vers un pays nouveau et leur donnant ce pays à occuper pacifiquement, à remplir et à fertiliser . Il les a encouragés au travail, à l'ordre, à l'économie et à la piété, de manière à donner constamment un bon témoignage de leur foi à leurs voisins. » Là-dessus on a chanté la Marseillaise. -Le dimanche culte sous le préau d'école
22. Signal. 4 novembre 1887.
23. Celle Iroisième implanlalion se fil dans un nouveau cemre : Tènézéra. à 30 km au sud de Sidi-Bel-Abbes.
24. Le déparl a lieu le samedi 24 oclobre en gare de la Roche-de.R~me. Réveillaud esl arrivé la veille; Emile Niel. ancien insliluleur au val Fressinières. directeur du magasin de consommation élabli là par le Comité de Lyon, est son compagnon, un compagnon dom il n'aura qu'à se louer. 110 personnes emplissem les deux wagons qui leur om élé réserves. Par Sisteron et Aix on arrive a Marseille vers minuit. Repos dans la salle d'atteme des III' classe. -Le ~5 octobre embarquemem sur la Ville d'Oran. qui appareille dans la soirée. Le mercredi ~8 au matin on "mre dans le pon d'Oran. Par la ligne de l'Ouesl-
A Ilfèril!n et après 3 heures 1/2 de voyage on arrive en gare d' Aïn- Temouchen. Là attendem des voitures v"nu"s de Trois-Marabouls. où l'on restera quelqu" lemp" parce que l'emrepreneur esl en relard à Guiard.
250 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES
OÙ s'est tenu le banquet: psaume des batailles, choral de Luther, cantique de Félix Neff Ne te désole point, Sion! ..-Au nom de la Société Coligny Réveillaud accorde aux nouveaux colons des avances de fonds, pour qu'ils puissent se procurer bétail, semences, outils dont ils vont avoir besoin. Quand il regagne la France, « je pars, écrit-il, mais non sans émotion et regret. »
Deux ans plus tard Eugène Réveillaud fait rapport, dans l'Assemblée genérale du 12 avril 1892, sur le voyage qu'il vient de faire en Algérie. Le 21 mars 1893, au cours d'un nouveau voyage, il est présent à l'inauguralion du petit temple et du presbytère attenant, à Trois-Marabouts.
Les faits et gestes, les dires et les écrits de Réveillaud rassemblaient-ils l'unanimité de ses coreligionnaires autour de lui ? La chose eût été étonnante dans le protestantisme français. Et cependant on rencontre peu de réticences à son égard. Un membre d'une société d'évangélisation juge qu'il mèle trop la politique avec la religion... Un article de l'Eglise Libre critique le projet de la Société Coligny. ..
Ainsi se poursuivaient les activités d'Eugène Réveillaud : OEuvre des Prètres, Société Coligny, tournées de conférences, direction du Signal hebdomadaire jusqu'en 1894... Il était allé aux Etats-Unis et au Canada, en Ecosse, en Algérie à plusieurs reprises. En 1887 il avait participé, du lundi 5 au mercredi 7 septembre, à Lausanne, au Congrès de la Fédération britannique et continentale pour le relèvement de la Moralité publique. En 1897 il est nommé agent général de la Société des Traités religieux de Paris. Il rédigera lui-même trois de ces traités populaires, brefs, tenant en quelques pages: Le Surnaturel dans le Christianisme 2S, L'Evangile et la Liberté, La vie éternelle. -Son besoin de grand air, d'évangélisation hardie, d'entreprises audacieuses, Réveillaud l'avait exprimé à diverses reprises. Ainsi, en octobre 1893, avant que ne se tienne le 5. synode officieux, à La Rochelle: « Ce n'est pas... avec nos petites questions de liturgie ou de discipline ou de versions bibliques ou de chants sacrés que nous sauverons la France et les âmes... Que Dieu donne aux pasteurs et aux anciens, représentants de nos Eglises, qui vont s'assembler à La Rochelle, un peu de la vaillance et de la puissance de ces assemblées Je Huguenots qui si souvent délibérèrent dans la même ville. Qu'il nous donne surtout l'Esprit de Jésus-Christ et nous préserve du byzantinisme! » ili
~
3. Le Parlement et la vieillesse (1902-1935)
Etant donné le vif intérêt qu'Eugène Réveillaud avait toujours montré pour la politique on ne s'étonne pas d'apprendre qu'en 1885 il avait entre25. Ce premier traité dépasse le volume ordinaire. i! compte 30 pages. Contre naturalisles et positivistes.
qui veu!ent borner l'esprit humain au domaine des sciences expérimentales. il affirme. il y a aussi des phenomenes et des faits d'expérience dans le monde moral. Il y a des besoins que la science ne sal;sfait pas. une faim de justice. une soif de sainteté, une aspiration au bonheur, à la vie eternelle. qlti'appellent une révélation, une communication d'en haut. 1! cite Schérer ." Le surnaturel est la sphl:iènaturelle de l'âme. C'est l'essence de sa foi, de son espérance et de son amour. ) ,
:!6 'fS!nol. -octobre 1893.
P. PETIT, REpUBLICAIN ET PROTESTANT: EUGÈNE REvEILLAUD 251
tenu quelque temps l'intention de se présenter aux élections législatives, Il entre en lice en 1898, Candidat à Saint-Jean-d'Angély il recueille 9 816 voix contre 10778 pour son adversaire, M. Roy de Loulay, conservateur, qui est élu. Mais il récidive en 1902, toujours à Saint-Jean-d' Angély. Et il est élu au deuxième tour, comme républicain radical, contre le même adversaire, le Il mai 27. Il sera député jusqu'en 1912; il deviendra alors sénateur et le restera jusqu'en 1921.
Il s'engage activement dans les débats qui aboutiront à la séparation des Eglises et de l'Etat. Il a d'ailleurs laissé un volume épais (615 p.) qui les relate: La Séparalion des Eglises el de l'Etal, Précis Hislorique, Discours el dOCUmenls (Paris, Fischbacher, 1907), Il commence sa préface en ces termes :
« La plus importante réforme, la plus grande de toutes celles qui aient été délibérées et votées en France depuis la Constituante de 1789, la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l'Etat, aura sans doute, dans un temps plus ou moins long, son histoire et son historien. » 28
Un « précis historique » d'une centaine de pages ouvre le livre de Réveillaud. Il est inspiré de l'ouvrage d' A. Debidour : Hisloire des rapporls de l'Eglise el de l'Etal en France, de 1789 à 1870 (Paris, 1898). On trouve ensuite, page après page, au cours des débats parlementaires, les interventions de Réveillaud.
Dans son discours du 4 avril (p. 239 s.) il rappelle sa vieille conviction, telle qu'il l'exposait en 1874 dans son J\1anuel du Ciloyen :
« Cette question de la séparation des Eglises et de l'Etat est assurément une des plus importantes qu'on puisse soulever et nous n'hésitons pas à la mettre en tête du programme républicain que nous essayons de tracer, »
Au cours d'une longue intervention, ponctuée d'interruption diverses ou des défenseurs catholiques du Concordat ou des anticléricaux,il appuie son opinion sur le déroulement de l'histoire de l'Eglise, il témoigne –il le fera très explicitement à plusieurs reprises -en faveur du protestantisme. Il n'hésite pas à faire l'éloge des schismes catholiques contemporains :
« , , .On doit constater que notre pays a été, pendant toute la durée du dix-neuvième siècle, frappé de stérilité, qu'il n'a rien produit au point de vue religieux. Il faut attribuer cette stérilité, cette
~7. Au premier tour M. Roy de Loulay a recueilli 9 280 voix, Réveillaud 7066. le Dr Guillaud, radical,
3 67~. Ré\"illaud es! élu par 10613 voL\ contre 10 365 à celui qu'il appelle son " vieil adversaire ). -Une
medaille, qui fut frappee en 1908, ceuvre de G. Prud'homme, medaille qui le mon!re de profil, des photographies aussi montrent quelle e!ait la physionomie de Reveillaud au temps de sa deputat!on : I" visage plutôt rond, un front large dégarni, il por!e moustache et barbiche, et un lorgnon.
~8. Reveillaud ajoure. " L'ouvrage qu.on va lir" n.est qu'un assemblage de materiau.\ en vue de ce monument à venir. " En fait il n'existe guère 3 l'heure actuelle que deux histoires de cet ~\enement : celle, brev", de Jean-Marie ~1ayeur (La .Çéporo1lon de /'Eglise el de /'E1Ol. Collection " Archives ), Paris, Julliurd, 1966) "t cell", plus importante "1,, orientee ", de Viole!te ~ejan (mème titre, Paris, p .U .F ., 1959), tandis que f"s anne"s 1904 à 19()fI \irent paraitre quantite d'ouvrages de plus ou moins grande importance.
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impuissance à l'action du Concordat qui a été desséchante. C'est par le Concordat qu'ont été étouffés tous les essais de schisme, tous les mouvements qui ont essayé de se produire, depuis le schisme de la « Petite Eglise » et le schisr-.e de l'abbé Chatel jusqu'au schisme du Père Hyacinthe. »
Il revient sur ce sujet le 10 avril à propos des « mouvements religieux autonomes, antiromains, schismatiques » de Bregayrac et de Belmontet dans le Gers, Montaynard en Isère, Madranges dans la Corrèze, Beuvron dans la Nièvre, Saint-Just-en-Chaussée dans l'Oise, Pons, Rouillac, Barbezieux .dans les Charentes... (p. 343) Nous sommes étonnés aujourd'hui de voir quelle confiance, quel espoir il mettait dans ces « mouvements », comment il y voyait les signes d'une nouvelle Réforme, fût-elle en certains points catholique. Il est vrai que d'autres protestants commettaient comme lui cette erreur d'appréciation .
Le 22 avril c'est dans la même ligne qu'il prononce un long discours au sujet de l'article IV du projet de loi, article qui traite de la dévolution des biens des Eglises. :\u passage il instruit ses auditeurs sur la doctrine et l'organisation des Eglises protestantes. Il lutte pour que les mêmes principes soient appliqués et au catholicisme et au protestantisme :
« Je dis que les mêmes principes que j'ai envisagés et rappelés au sujet des biens des Eglises protestantes pourraient être défendus et s'appliquent à la dévolution des biens dans l'Eglise catholique. Là encore, j'estime que les biens appartiennent à la collectivité des fidèles... » (p. 413)
Durant tous les débats il se montra plus proche de Clémenceau et de sa rigueur anticléricale que de Briand qui, ménageant l'avenir, plus réaliste peut-être, préparait les arrangements acceptables par l'Eglise catholique 19. Eugène Réveillaud continuera de suivre attentivement, aussi bien dans la région qui l'a élu et dont il est originaire que dans le reste de la France, les activités du protestantisme et particulièrement tout ce qui a trait à l'évangélisation. -En collaboration avec ses collègues voisins le pasteur de Pons Benjamin Robert a créé en 1911 des Fraternités rurales, comprenant syndicats, caisse de crédit, coopérative. Les Fraternités tiennent leur premier congrès à Pons en 1912. Eugène Réveillaud le préside.. -En mai 1913 la
Société Centrale organise à Paris pendant six jours un important Congrès de l'Evangélisation. Nombreux sont les participants, venus des Eglises les plus diverses: luthériens, réformés, libristes, méthodistes, baptistes. Trois thèmes principaux sont à l'étude: l'évangélisation du monde ouvrier, l'évangélisation des campagnes, celle des intellectuels enfin. Tous les noms connus du protestantisme français sont là, de Charles Wagner à Henri Nick, de Wilfred Monod à Ruben Saillens, et bien d'autres. Réveillaud prend la parole.
29 Parlementaire Réveillaud ne cachait rien de ses convictions religieuses. Devenu sénateur -c'était avant la guerre de 14-18 -, il réunit au Luxembourg ceux de ses collègues qui elaienl p~eslants. A la fin de celle réunion il proposa que l'on fit la prière, ce qui fut fait. Cf. Suzanne Reveillaud-Kriz. « Au long de ma mémoire " (document familial, dactylographié, p. 15). selon le lemoignage du pas leur Marc Boegner .
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P. PETIT, REPUBUCAIN ET PROTESTANT: EüGENE REvEIllAUD 253
Le 21 septembre 1919 se tient l' Assemblée du Musée du Désert, Eugène Réveillaud a été invité à la présider. Les obsèques de son collègue au Sénat, le maire de Saintes, l'en empêchent. Le texte de son adresse est publié par le bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français. En petits caractères il occupe huit pages. Et l'on retrouve là au sortir de la guerre, tout Réveillaud, tel qu'en lui-même les années le maintiennent JO.
Il rappelle sa visite dans les Cévennes, les convocations du même genre qu'ont connues les protestants de la Saintonge et du Poitou, comment « ces grandes assemblées religieuses étaient dans le génie de la religion de nos ancêtres communs les Gaulois » (sic), la liberté de conscience dont les Camisards furent les héros, le profit que « peuvent produire ces grandes réunions religieuses » : « Quelles conséquences merveilleuses, quelles résolutions viriles, quelles bénédictions pour la patrie, quel réveil des âmes, assoupies et endormies, quel zèle de propagande, quelles possibilités de conquête, quelle résurrection et quelle \'ie pour notre protestantisme tout entier, pour la sainte cause de l'évangélisation et de la mission au large.»
Il évoque la victoire toute récente: « La puissance impériale et royale, brisée en France, s'était continuée jusqu'à nos jours dans l'Europe centrale avec les deux grands empires des Habsbourg et des Hohenzollern, Aujourd'hui, sous nos yeux, les trônes superbes et séculaires de ces empires jonchent le sol, brisés, peut-on croire, pour toujours. -Croit-on que le siège du pape au Vatican qui s'étayait sur ces trônes impériaux et faisait jouer en leur faveur tout le machinisme de sa diplomatie secrète et machiavélique, croit-on que ce trône lui-même soit aujourd'hui bien solide ? Si j'étais catholique romain, je me défierais... » Et de développer cette idée: que vienne le jour où la France, « cette France nominalement catholique en sa majorité, mais au fond protestante d'esprit, « protestante, peut-on dire, sans le savoir », ne s'affranchira véritablement et définitivement du joug du papisme et du jésuitisme qu'elle subit sans conviction, à son corps défendant, que si elle prend enfin son parti de demander aux protestants de France le secret de leur Réforme, de leur foi salutaire et de leur liberté glorieuse
d'enfants de Dieu. -Pour cette grande et générale Réforme les temps me semblent mûrs... »
.Et d'unir dans sa péroraison héros de la foi et soldats de 14-18 :
« Enfants de ces héros de la foi et de la liberté de conscience, pères ou frères survivants de ces autres héros de notre âge, les immortels Poilus qui sont tombés aux champs de bataille de la Marne, de I'Yser, de l'Oise, de Verdun et des Vosges, soyez dignes de vos ancêtres, dignes de vos morts glorieux, dignes de votre passé de combat, dignes de votre présent de gloire, dignes de vous-mêmes, libres enfants de Dieu, dignes du Christ et de ses enseignes pour préparer à votre tour à vos descendants un avenir plus grand encore, plus libre et plus prospère, dans une France encore plus grande et plus glorieuse! »
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Quand il a soixante-dix ans et qu'il perd son siège de sénateur -c'est en 1921 -, comment vit Eugène Réveillaud, sa petite-fille le rapporte : « Dans la retraite il se consacre encore aux intérêts qui l'ont toujours captivé: ses lectures, ses activités dans les sociétés religieuses". En 1925 il se rend à Stockholm à la première Assemblée oecuménique de l'Amitié par le moyen es Eglises... -Les Réveillaud étaient des hôtes généreux et intéressants qui invitaient à leur foyer et à leur table beaucoup d'amis ainsi que des personnalités religieuses e.~ politiques. » 'I
Eugène Réveillaud avait toujours aimé versifier. II avait publié jadis Le Sublime Cantique et plus récemment des Poèmes patriotiques. J: Au dire de ses proches c'est généralement le matin, après avoir fait sa lecture de l'Écriture Sainte, qu'il écrivait mettant souvent en vers passages des Prophètes et des Évangiles. Il publie de nouveaux recueils: Poèmes prophétiques, et Poèmes Messianiques, J' ces derniers dédiés chacun à l'un de ses nombreux amis, Jean Monnier, Frank Thomas, Wilfred Monod, A.-N. Bertrand, le professeur Izoulet, Léon Bourgeois, Gabriel Hanotaux... Heureux dans le cercle de sa famille il en célébrait aussi les fêtes par quelques vers. J4 II avait toujours été intéressé par l'histoire. Ainsi a\'ait-il formé le projet d'écrire une vie de rvtarguerite de Valois, une vie de Bernard Palissy, une vie d'Agrippa d'Aubi~né, tous travaux qui demeurèrent inachevés. Par contre, très attaché à sa pro\'ince d'origine et au pays dont il avait été le député puis le sénateur, il avait publié une Histoire politique et parlementaire des départements de la Charente et de la Charente-Inférieure (1789-1830), une Histoire de la ville, commune et sénéchaussée de Sainl-Jean-d'Angély. des origines à 1789 (Jousse, éditeur), er les \.,'éritables faits er gesles du seigneur Benjamin Prioleau, ouvrage de Louis Aubery du Maurier (La Rochelle, N. Texier et fils, 1908).
Pour ses enfants et petits-enfants, il entreprit. de juillet 1925 à novembre 1930, son autobiographie. " C'est à Versailles, le 28 novembre 1935. que s'éteignit Eugène Réveillaud, âgé de 85 ans. 36
Pi~rre PETIT
31. s. Rev~illaud-J.;riz. op. cil. p. 16-17. L~ t~xt~ porte par erreur 1923: il Îndiqucque Reveillaud rUt a Stockholm comme ,( delegue "
31. Le Sublittle Comique. Camique des Camique,. drame sacre e\posè selon la plu' re,emc exi:gè,c el mis en vers franr;ai.. Paris. Grassart. 1895. -Poèmes pomollques el stances sur les I'cuple, engages d.lns
la "uerre mondiale. la" L\Te d.airain " du vieux barde. Paris, Ber"er-Levruult, 1~18.
33. Co~. KuÎnor er PloslerÎon, poèmes prophétiques. Paris. fi"hbacher, i9~5 -Lo H"r",. dufil.l de D""d poemes tnessloniques, Paris, Berger-Levrault,
34 Ainsi fil-il le 1'7 juillet 1923 pour les noces d'or de son union avec Berthe Jaudin. O,' ..." muriug" "laitne., apre. le der;ës d'un tOUl jeune garçon, Irois l'il, el une fille.
35 Comme nous }'uvons indiquë plus haut celle autobiographie se limite à ,on entan,.: el ..a jeunes,c : elle lais,e dans l'ombre ce qu'il fit et cc qu'il fut après ïâge de 30 ans.
3(} Cf In \cfemoriom. Albert Valez, ChrÎsrÎomsme au X\' siecle, 1936, p. n- Eul!.."" R,,\..,llau~par Emile Durand. Revu" du Chrisrlamsme SocÎoi, der;embre 1935. Et autre~ articles ne.:rologiques.
[1] Nous présentons brièvement cette première partie. Il existe en effet un document qui permet de connaître par le détail jeunesse et conversion de Réveillaud. l'autobiographie qu'il rédigea dans sa vieillesse. Un exemplaire en est déposé à la bibliothèque de la Société d'Histoire du protestantisme français, 54 rue de, Saint-Pères. à Paris. Les citations que nous faisons sont empruntées à ce document.
[2] Après un 1° prix de version latine il reçoit en rhétorique (I868} le 1° prix de discours français et un accessit de vers latins. Le sujet du discours français était " Lettre de Turgot à Louis XVI...Son texte fut imprimé (8 p.) chez E. Lemarié. à Saint.Jean-d'Angély
[3] Celui-ci demeurera constamment son meilleur ami. Parmi ses autres condisciples on trouve Jean Richepin. Raoul Ponchon, Maurice Berteaux, Debidour, Emile Faguet...
[4] Au début du xx° siècle il retrouvera son fils Francis sur les bancs de la Chambre des députés. Passé au socialisme il siègera à l'extrême-gauche.
[5] Ceux-ci I.emportent aux election' partIelles du 1 juillet 1871 dans le département de la Charente-Inferieure ~
[6] Réveillaud explique dall.s ,on aulobiographie ce que ,igni.fiait pour lui cehe initiation. La cérémonie avail elé. selon lui. " ed;lïant.: " Il ,.ecart.:ra de la Franc-Maçonnefle quand le Grand-Orient de France supprim.:ra l'invocation Iraditionnello: du Grand Architecte de l'Univers. II, reviendra plus tard. Dans la lo!!e " I.E!!alile ". d" Saint-Jo:an-d.Angel~. lionl il 'era 10: " vénerab1e "
[7] -C"I "uvra!!c (142 p.) O:SI edile a Pari,. chez Grassart. CilatiolJ.p. 5 10' ::dition. P:lris. Fischbacher.
1'!23 -En li!74 R..,e-J!;1ud a\'3it fJ1Ibli" un \lu/1uel du C;ro,.t!n Paris. A Le Che\'alier
[8] Le récit de celle « conversion" fut publié dans plusieurs organes de presse protestants. Réveillaud le fit a nouveau dans son autobiographie. D. Robert l'a rapporté dans la communication qu'il présenta au colloque sur" Les protestants dans les débuts de la Troisiéme République )1 (Paris, 1978) : " Les intellectuels d'origine non protestante dans le protestantisme des débuts de la Troisieme République" (ac/es de ce colloque, p. 96 s.).
[9] Quand il termine son autobiographie Réveillaud indique que, pour connaître la suite -que nous abordons maintenant -, on pourra recourir à ses livres et a la collection de son journal le Signal. Ce que nous avons fait, en y ajoutant d'autres journaux, des archives d'œuvres, quelques documents familiaux...
[10] Bien connue dans "histoire du protestantisme français au XIX' siecle, née en 1807, fille d'un général, filleule de Napoléon 1", Mme André-Walther était passée, en 1842, par une lente et difficile conversion. Elle devait mourir en 1886. Cf. Madame André-Wallher 1807-/886, Paris, Fischbacher, 1889.
[11] Cette « Maison Rose » avait été jadis la demeure du professeur de musique de Mesdames, les filles de Louis XV.
[12] Lieux et dates. ti!res des conferences som rele\"es dans la presse proleslame
[13] Cf Signal, 3 Avril 1886
[14] 14. S~lon I~ Signal. 10 mai 1879.